Articles avec le tag ‘Roadbook’
Star d’un jour, star toujours… (L. Ferry)
Autre institution de Hong Kong… la compagnie Kowloon Ferry Company créée en 1888 devient Star Ferry dix ans plus tard… les 12 bateaux de la flotte transportent chaque année 26 millions de personnes d’une rive à l’autre de Victoria Harbour qui sépare l’île de Hong Kong de Kowloon en huit minutes pour les trajets les plus courts, c’est à dire de Central à Tim Sha Tsui.
Ce qui est rigolo avec les Star Ferries, c’est qu’ils n’ont pas d’avant ni d’arrière, pas de poupe ni de proue… bref, il sont rigoureusement symétriques dans la longueur comme dans la largeur… pas besoin de manœuvrer pour faire demi-tour… il suffit que le Pitaine passe de la cabine de pilotage avant à la cabine de pilotage arrière suivant le sens de la traversée (ou inversement selon son point de vue du moment) et le tour est joué… même les dossiers des rangées de sièges peuvent se basculer dans un sens ou dans l’autre, d’avant en arrière ou réciproquement… bref, ça n’a aucun sens… je parle du Star Ferry là…
Le prix de la traversée est si bas – 2 HK$ soit 0,18 euros environ – que l’on peut passer sa journée à aller de Kowloon à Hong Kong, de Hong Kong à Kowloon, et ainsi de suite, à raison de 4 ou 5 voyages par heure, soit une bonne centaine de croisières dans la journée pour la somme – dérisoire s’il en est – de moins de 20 euros, ce qui – vous en conviendrez – est très avantageux.
Mais évidemment… il faut avoir le temps devant soi… et le temps… est nettement plus cher que la traversée de Victoria Harbour à Hong Kong…
Un tramway nommé délire
Une attraction touristique… certes, un peu comme le « Cable Car » de San Francisco…, mais aussi un vrai moyen de transport emprunté chaque jour par 240 000 Hongkongais… cette vieille dame existe depuis 1904… ses rails longent toute la côte nord de l’île de Hong Kong, de Kennedy Town à l’Ouest à North Point à l’Est et même au delà… autrefois en bord de mer, il fut peu à peu englouti par la ville à force de nouveaux polders… on y monte tant bien que mal par l’arrière, pour passer le tourniquet de 40 centimètres de large … il faudra ressortir par l’avant et payer son « fare », la somme exacte et faramineuse de 2 HK$ (carte Octopus acceptée) soit environ 18 centimes d’euro… mais ce sera plus tard… beaucoup plus tard… on se dit que cela ne va pas être de la tarte… vu le monde qui s’entasse la-dedans… on s’engouffre dans l’escalier en spirale – oubliez les commissions, chassis, valises et autres rouleaux de toile – qui s’enroule sur 40 cm de large , lui aussi… on s’installe à l’étage… et oui, car c’est un des rares tramways à impériale en service dans le monde… et perchés la-haut, si vous avez en plus la chance que les sièges de tête soient libres ou se libèrent en route… vous êtes les rois du pétrole… pas de meilleur poste d’observation pour vous en mettre plein la rue…
Sur ses flancs, les publicitaires s’en donnent à cœur joie dans la démesure… mais ne crachons pas dans la soupe Campbell, c’est sûr… Andy Warhol aurait bien aimé…
Il est même possible de louer son tramway perso pour l’anniversaire du p’tit, ou la communion de sa soeur… décidément, tout s’achète à Hong Kong… même les vieilles dames…
3 décembre : Toile de nuit à North Point
Retour à Cloud View Road… Michelle met en place les volumes sur la toile en prévision d’une peinture de nuit…

…et la nuit, comme chacun sait, tous les chats sont gris…

…18H, Cendrillon est prète pour le bal…

…en cette période de Noël, certains concepteurs/éclairagistes sont un brin illuminés…

…voire totalement allumés…

…pendant que Michelle peint, Chantal plane dans le cosmos…

…nous assistons béats à la répétition de la parade nautique nocturne…

…commandée spécialement pour nous, et accessoirement pour la cérémonie d’ouverture des Jeux de l’Asie de l’Est…

…oh my God…déjà 10H, il est temps de redescendre sur terre… et au ras des paquerettes pour Michelle…nous devons quitter l’appartement avant de nous transformer en citrouille… nous espérons bien trouver la pantoufle de vair pour revenir demain pour un 3ème tour de danse…
2 décembre : vue sur les nuages… presque le septième ciel…
Le monde est petit… un collectionneur de Michelle l’a contactée… il aimerait une peinture de le vue de la baie depuis son appartement de North Point qui comme son nom l’indique est en quelque sorte le « Pôle Nord » de l’île de Hong Kong…

…nous filons vers le « Sky Horizon », une propriété formée de deux tours jumelles en lame de couteau de 38 étages situé à Cloud View Road implantées à mi-hauteur de l’île…et…

…c’est parti…et dans l’enthousiasme…il faut dire que c’est un privilège de pouvoir travailler là. C’est vraiment…

…un peu l’antithèse du…

Du 28ème étage où nous nous trouvons, de nouvelles perspectives s’offrent à nous…

…dans l’axe de Victoria Harbour, Hong Kong à gauche et Kowloon à droite… avec leurs tours landmark respectives…
…l’ifc (International Finance Centre) au fond à gauche face à l’ifc (International Commerce Centre) au fond à droite…

…à nos pieds, le Convention Center…

…à notre droite, côté Kowloon, un quartier résidentiel constitué d’une ribambelle de jolis petits pavillons…

Michelle est obligée d’augmenter son format à 225 x 100 cm pour embrasser la scène… et il faudra plusieurs toiles pour qu’elle soit rassasiée… nous reviendrons demain… et pour fêter ça, nous avons bien…

1er décembre : le ton monte entre Chantal et Michelle…
Elle arrête
Michelle Auboiron 1er décembre – Hong-Kong. 23 °. Smog
Elle dit « Bon j’arrête là, ça bouge trop« .
Ça, la lumière, les couleurs, ça fout le camp, elle n’y arrive plus.
Six heures qu’elle est debout, à tout attraper, mais là, autant compter les fourmis dans une ruche… Fini !

Enfin, presque. Elle picore du pinceau une ou deux fenêtres, allume une lumière dans un coin, refile une couche sur un gris qui rosit.
Des gamines en uniformes du collège de Saint-Frusquin, avec cravate et chaussettes, à attirer l’attention de tous les pervers polymorphes du coin, prennent des photos avec leur I phone pendant qu’elle n’en finit pas de faire palpiter d’autres vasistas, fourrant à travers des dizaines de fenêtres ses poils de pinceaux dans les narines d’un couple en train de s’engueuler ou de faire l’amour, de deux gamins qui rentrent de l’école avec leur Philippine…
Tout ce monde qui s’allume au bord du soir qui n’est pourtant pas encore sombre…
Trois quart d’heure après, elle est encore là, à saupoudrer une enseigne de trois guiboles calligraphiées…
« Bon j’arrête là, ça bouge trop ».
Cette fois, elle le dit plus, elle le fait.
Elle a retrouvé le sourire, elle est de l’autre côté de la toile, c’est comme si elle avait traversé la Manche, ou un lac bien trop vaste pour une bonne nageuse.
Et elle a envie de faire pipi, pas question d’attendre un dixième de seconde, maintenant que c’est fini, tous les emmerdements reviennent, même les envies de faire pipi, elle rend son tablier et va promener ses nattes dans les toilettes d’un centre commercial, entre Dior et un marché de poiscaille qui saute tout vivant des panières, ça, c’est Hong Kong, elle avait oublié, collée qu’elle était aux façades, au ciel et aux enseignes…
Finalement, c’est bien aussi, la vie d’en bas.
Elle revient avec une pomme, détendue, c’est la 23ème toile, elle y pense pas encore, mais elle le sent, ça commence à prendre tournure, Made in Hong Kong existe, elle en a plein les pinceaux, des fenêtres, des bateaux, tout ce monde planqué derrière ces façades qui se prennent pour des falaises, tous cachés là, dans 23 badigeonnages, ces constructions à elle, la bâtisseuse d’empire.
Elle vide l’eau crade des pinceaux dans le caniveau, reverse l’autre moitié du bidon d’eau dans le seau. Second rinçage. Fourre les pinceaux dans leur torchon. Rebouche les peintures, descend la toile de la valise sur laquelle elle était posée. Le guéridon redevient armoire nomade à roulettes qu’elle bourre de pots.
Une douche, elle pense qu’à ça. Un petit restau. Pépère. Assise. Peinarde.
Elle dégrafe la toile avec un outil du sac à chaussures vert, la roule sur le cylindre en carton, démonte le châssis à coup de maillet, en assemble les montants, les scotche avec la règle, plie la bâche en plastique, le coton imprimé, va jeter les assiettes en plastique pleines de peinture à la poubelle. Elle roule l’armoire et son chargement écossais en trimballant châssis et toile.
Demain, elle fera surement une carrée. Oui, une carrée, ce serait pas mal.
Le parking n’est pas trop loin, il y a même un ascenseur pour y monter. Chargement de la voiture. Pas si mal la vue de nuit depuis le toit du parking. Peut-être une escale pour la semaine prochaine, tiens !
Avec ses colonnades, ses loopings et ses ascenseurs pour voitures, (strictement interdits aux claustro…) le parking est un piège à chauffards, ce que Charlie l’héroïque n’est pas, on le sait. Ce qui n’empêche pas la distraction, impardonnable au pays de la carte octopus¹ (mélanger carte à puce et poulpe, il faut être Chinois !). Le magique porte monnaie de la baie de Hong Kong n’a pas assez de trébuchante pour payer la fortune que coûte ce foutu parking, dont les gestionnaires ont abusé notre héros par une publicité mensongère. Il croyait que ce serait beaucoup moins cher quand il a glissé la carte à l’entrée du « carpark » qui a enregistré le numéro pour lui redonner à la sortie l’addition, trop salée, donc, mais le poulpe est un fruit de mer, personne ne dira le contraire, si pas un fruit, en tout cas marin, et salé beaucoup trop. Donc il faut redescendre, mettre de l’argent pour « recharger » la carte dans la première épicerie ou supérette1.
Il est sept heures du soir, c’est-à-dire plutôt l’heure du petit blanc que des emmerdements de parking, mais c’est comme ça, Charlie en a plein le dos, elle lui fait du « mon doudou, t’énerve pas« , elle est douce, Michelle, après sa 23 ème toile, on la prendrait pour une femme au foyer qui soigne son gagne pain par alliance. Tout sourire. Elle râle pas, elle prend les choses relax, parce qu’elle l’est. On peut même la prendre avec des pincettes, elle ne protesterait pas. Elle a fait sa toile autant dire sa pelote.
Elle a eu sa dose avec sa verticale en plein carrefour, sûrement un des plus pollués du monde, c’est comme ça, elle peint des villes pas des champs de lavande, ce sera même pas pour une autre vie, ces trucs-là, parce que les baraques et les immeubles, elle n’en fera jamais le tour, elle finira sa vie sur le trottoir et sous les ponts. Son destin.
Donc revenons à notre parking qu’il faut encore traverser dans un rodéo de chauffards, mais, à la sortie, la ville verticale avec ses lumières qui braillent, c’est quand même un cadeau, on en oublierait les pères Noel imbéciles et leurs sapins et leurs cadeaux à rubans déclinés en loupiottes ringardes format 38 étages. Un petit coup de Central où des cascades de taxis rouges jaillissent de pentes à 15% de matière descendante, un petit coup de Kowloon, de l’autre côté de la baie, avec deux trois lames de couteau dressées dans le ciel fluo … puis les autoroutes qui s’enjambent et s’enroulent en singeant des serpents charmés, et c’est Lantau, et une heure après, avec route en lacet de baskets et autobus timbrés, l’appartement, qui est aussi l’atelier, le bureau, le tout partagé avec la nounou du cousin de Charlie, une crème celui-là, pas Charlie, le cousin, encore que, nous voulons dire que le cousin aussi, est une crème.
Donc, voiture déchargée, elle tend la 23ème fillette sur le châssis, histoire de rajouter quelques fenêtres, et une heure après, il est déjà dix heures, elle file un petit coup de bleu du côté des trottoirs, parce qu’il lui avait tapé dans l’œil sans arriver sur la toile, ça arrive.
Sur le coup de 10H30, elle pousse l’ordinateur pour fourrer deux ou trois bricoles sur la table dont deux verres et deux assiettes. Tout ça en silence, parce que la nounou dort, faut pas faire de bruit.
Charlie a ouvert une bouteille de blanc, qu’elle boit avec de l’eau, bien obligée, pas l’eau, mais le vin blanc, histoire que Charlie ne boive pas la bouteille tout seul, ça lui ferait pas peur, d’ailleurs il a mérité quand même.
Il grignote deux vaches qui rit (made in Poland) avec son bol de nouilles tout en répondant au mails et en triant ses photos, il sait très bien faire trois choses à la fois, elle s’en fout, elle, demain, elle va faire une carrée.
Elle note sur l’accordéon en papier plié dans son filofax, 23 ème, elle sourit bêtement, un peu hagarde, elle regarde sa toile, va pignocher encore un peu sur la couleur de la barrière.
A 23 heures 30, elle a la flemme de dégrafer la toile. Elle se fait couler un bain.
Sur le coup de minuit et demi, elle est au lit.
A une heure, elle dort, dans six heures et demi, elle sait qu’elle va se lever… pâteuse !
Chantal Pelletier
(1) Osons à cet instant la parenthèse pour vanter ce système de porte-monnaie électronique qui sert juste à dépenser de l’argent plus facilement sans se salir les mains ni attraper la grippe aviaire, porcine, ou autres cochonneries d’animaux malades qui trafiquent des sous. On présente sa carte à 8 puces partout très hygiéniquement dans des bippers pour la bouteille d’eau ou le gobelet de kawa dans le distribe automatique, payer sa place dans les tramways, les bus, les ferries, les péages, et même ses petites courses à l’épicerie du coin. Octopus a quasiment autant de tentacules que Shiva de bras, on s‘y habitue très vite, on se dit que c’est un truc pour Delanoë, sauf que non, ça pourrait pas marcher avec RATP, SNCF… Oublions Paris pour retourner à HK où, partout, le gentil bipper indique combien il vous reste… super pratique, donc, ça marche pour tout, même pour les parkings, sauf qu’il faut quand même avoir des sous dans le porte monnaie…
Télécharger le texte en pdf pour l’imprimer
Site Internet de Chantal : http://chantalpelletier.free.fr
Le blog de Chantal : http://chantalpelletier.hautetfort.com/
1er décembre : Peinture à Causeway Bay
Michelle décide de s’installer dans Causeway Bay, à contre-champs de sa peinture du 6 novembre, vous savez sur la passerelle en dentelle rose… mais cette fois-ci, au sol, sur le trottoir… choix funeste s’il en est… c’est l’endroit où passent – au moins – tous les bus de Hong Kong… sans exagérer…
Heureusement, de temps en temps il y a des gens qui montent et qui descendent des bus…
30 novembre : Peinture à Aberdeen
…et voila l’travail…
30 novembre : ça commence bien, Chantal a eu de ces mots avec Michelle…
Michelle Auboiron 30 novembre 2009 à Hong Kong. 23 °. Smog.
Debout, 7H 30.
Pâteuse.
Elle dégrafe et roule la peinture de la veille qu’elle a tendue le soir sur le châssis pour les dernières retouches.
Sépare les éléments du châssis avec un maillet.
Les empile.
Les scotche ensemble.
Récupère un second châssis déjà ficelé.
Le sangle à l’autre en confectionnant avec la lanière, au centre, une poignée pour le porter.
Déroule le rouleau de toile vierge de 186 cm de large, y découpe un morceau de 2,40m qu’elle recoupe en deux, roule sur un cylindre de carton un morceau de 90 cm…
Range les pots dans une valise à roulettes transformée par un système d’étagères de carton en armoire nomade.
Dispose très précisément Tupperware, fioles, pots pour qu’aucune place ne soit perdue. Dans le dernier coin libre, une trousse en tissu (type sac à chaussures) où sont rangés les outils.
Dans le filet au dos du rabat, son tablier.
Elle prend sa douche.
S’habille.
Boit un café.
Mange un yaourt.
Remplit un bidon transparent de cinq litres d’eau.
Le fourre dans un grand sac en plastique écossais , type Tati, qui se remplit aussi d’un seau, d’une bâche en plastique bleue, d’un coton imprimé, de trois assiettes en plastique, d’un sac poubelle noir contenant les pinceaux rincés qui attendent, encore humides, dans leur torchon.
Un petit coup de maquillage pour se remonter le moral.
Les anses du sac en plastique sont passées dans la poignée de la valise à roulettes … transformée de ce fait en valise à galerie.
Sous le bras gauche, les châssis, la règle, la toile…
Côté main droite, ça roule, ma poule.
Le tout est chargé dans la voiture.
En route.
Une demi-heure de route pour sortir de l’île de Lantau.
Une demi-heure pour traverser une partie de l’île de Hong Kong.
Charlie le chauffeur connait Hong-Kong comme sa poche. Probablement un Hong-kongais réincarné en Normand et déguisé en Parigot. Nous n’en dirons pas davantage.
La cible du jour se situe sur la partie Ouest de l’Ile de Hong Kong.
Ce sera Aberdeen.
Repérage a déjà été fait quelques jours auparavant, ce qui vous épargnera ici de pénibles mais très habituelles circonvolutions.
Même la place de parking (gratuite !!) a été repérée, le rêve se précise du côté de Charlie, dont je ne dirai guère plus, laissons la parole à ses photos .
L’emplacement exact où auront lieu les festivités reste encore à déterminer.
Deux autoroutes se croisent là, en superposition spiralée qu’enjambent des passerelles.
Elle sort de la voiture, marche vite, ne parle pas.
Elle est dans l’état de la règle en plastique frottée sur du nylon et qui vous aimante des morceaux de papier en veux-tu en voilà, le genre de connerie qu’on faisait à l’école quand on n’avait pas encore de textos à mater sous le bureau, un temps d’avant la vraie vie, quoi , qui fut la sienne, ne nous y trompons pas, elle n’est pas née de la dernière pluie.
Surtout à ce moment précis où elle est électrique, Michelle. Acrylique, à faire mal aux dents en dérapant sur le tableau, du temps où il y avait encore des craies blanches et des tableaux verts.
Elle pulse. A pas pouvoir toucher une portière de voiture sans prendre une décharge.
Elle doit détraquer tous les portables à la ronde. Même les oiseaux se la ferment, ils ont peur de se faire engueuler. On s’en fout, on les entendrait de toute façon pas car il y a un potin d’enfer.
Forcément, juste au-dessus de nos têtes, presque à ras des naseaux, l’autoroute, les camions, les taxis, les autobus surtout, toutes les 28 secondes, qui gueulent en attrapant la courbe, et pas gentiment, ils l’attrapent, car ils sont fous les autobus dans cette ville, et les taxis aussi, tous les chauffeurs sont à deux doigts de la camisole dans cette putain de ville maboule, tous, à part Charlie, mourraient plutôt que de céder un centimètre de leur chaussée ou un centième de seconde de leur temps qui vaut la peau des couilles d’un type tout en lingot.
Mais ça, elle le voit pas, elle. Elle entend pas, elle sent pas.
Elle file sur une des passerelles qui n’en finit pas d’enjamber, redescend sur un quai puant, et là, elle arpente, elle mate, elle se fait le trottoir comme une vraie gagneuse cherchant sa proie.
Elle a son point de vue, qu’on finit par regarder puisque jusqu’alors, on n’avait rien vu.
Or, il y a bien quelque chose.

A bonne distance, une grande barrière anti-ciel faite de barres d’habitation que ne parvient pas à faire rigoler leur peinturlure rose bonbon avec frisettes turquoise.
Devant ce mur de la honte, la mer se marre, juste là, à nos pieds, mollement sarcastique en à pic de l’autoroute et de ses chauffeurs dont l’équilibre mental ne vaut pas la peau d’une mauvaise banane.
Sympa, cette flotte.
Un bras de mer, un canal, un abri anti-typhon, anti-barbarie aussi, avec des bateaux qui ont l’air de bateaux dans des bouquins pour enfants d’avant la wifi et wall.e… Verts, bleus, ronds, avec des pneus qui leur servent de pare-chocs, des embarcations tartignoles et bâchées d’où sortent des têtes de chiens, des jappements et des odeurs de fritures à faire grimper les transaminases jusqu’au bord de l’hépatite.
Et, entre ce port de rigolade et ces misères verticales, une frange d’arbres, si, si, des grands arbres, d’un vert profondément écologique. Les tropiques, quoi !
Elle va, elle vient, elle peste, ça ne va pas, Charles ne comprend pas pourquoi elle vient là, tout est brumeux, pisseux, la lumière va tourner, elle s’en fout de ce qu’on pense, elle pense pas, elle, elle a autre chose à foutre, d’abord, y a du vent, et si elle est pas abritée, la toile va se barrer, et puis si elle a le soleil dans les yeux, autant aller se faire masser les pieds par un Chinois, le temps serait moins perdu.
Là, sous l’autoroute, elle est à l’ombre, pourquoi pas en taule, elle s’en fout de ça, ce qu’elle a devant les yeux lui chatouille les pinceaux, c’est tout ! Elle va pas donner des explications et puis quoi encore.
Sous l’autoroute, ça pue, et pas que la friture, du pipi et pas que de chat, et, à propos, justement, des crachats sont rentrés dans le béton gravillonnant jamais lavé par la pluie, seulement par les gaz d’échappement, parce qu’à propos d’odeur, il faut le répéter… il y a comme une menace d’asphyxie !
Mais elle s’en fout, il est déjà onze heures et demie et puis il faut qu’elle aille faire pipi, parce qu’après, fini et qu’ici y a jamais de chiottes ou presque dans les bistrots, c’est comme ça, on a beau dire, des fois, on est prêt à dire vive l’Amérique, la mondialisation, et tout ce qu’il y a de plus con… A quoi ça tient !
Donc, elle repart, direction Mac do pour le pipi, revient au pas de course avec un milk shake à la fraise, et c’est parti !
Déchargement de la voiture, passons sur les détails, et il faut remonter sur la passerelle avec le chargement susnommé, mais miracle, parce qu’il y a toujours un miracle malgré tout, cette passerelle n’a pas que des escaliers pour les piétons mais aussi des rampes pour les infirmes ou les timbrées, comme elle, qui roule un gros sac écossais de 2O Kilos sur une valise à roulettes qui ne paie pas de mine mais qui doit bien peser le double (du sac écossais), et transporte sous le bras, châssis, règle et toile qui se barrent de temps à autre, le tube de la toile et une des planchettes du ficelage trop vite ficelé…
Ben oui, pâteuse, elle était, ce matin, je vous avais prévenus !
Donc, près de l’énorme pilier rond en béton de l’autoroute.
Ce sera là.

Ce sera une longue, aujourd’hui. 75 X 2,25m. Ceux qui ne suivent pas les comptes iront lui en demander, des comptes, elle donne aussi des cours de géométrie gratuits en crayonnant des croquis sur des bouts de papier, elle est comme ça, Michelle Auboiron.
Donc deux châssis à monter. Puisque c’est une longue. Entendez par là une large. Plus exactement pas haute. En somme étroite sur la hauteur. On pourrait dire une horizontale.
Cinq montants à déscotcher, à placer, à emboîter, à ajuster (avec le maillet).
Cinq autres montants à déscotcher, à placer, à emboîter, à ajuster (avec le maillet).

Assembler les deux châssis ensemble avec du scotch.

Maintenant dérouler la toile.
La tendre avec la pince (très jolie, la pince, de la boite à outils en sac à chaussures) mais elle n’a pas l’air commode à manier, il faut tirer dessus comme une malade, mais de toute façon, elle l’est, malade, ça, on a bien compris.
D’autant moins commode, l’entreprise, qu’il faut agrafer (avec l’agrafeuse de la trousse à outils) au fur et à mesure, sans faire de pli, et de temps à autre, dégrafer pour retendre…
Des fois on se dit, fonctionnaire aux allocations familiales, c’est au fond peut-être plus simple, et…
mais elle s’en fout de ça.
Elle va vite. Elle tend, ça ne fait pas un pli.
Ça y’est.
La toile est plus petite que les deux châssis rassemblés, et donc elle est pratiquement à la bonne hauteur pour y frotter les pinceaux…
Le miracle, ça se prévoit aussi, des fois !
Ensuite, il faut sangler la toile au gros poteau de l’autoroute pour pas qu’elle s’envole comme une voile au vent, eh bien voilà, c’est fait.
Des types s’arrêtent, la regardent faire, lèvent le pouce, langage international, sourient, langage universel, ils sont contents, eux, pas elle, elle s’en fout de ça.
Elle sort la bâche en plastique la met en place devant la toile.
Sur le plastique, le tissu en coton imprimé.
Elle sort le seau, l’emplit de la moitié de l’eau du bidon.
Sort les pots de l’armoire-valise, les Tupperware, les dispose, les ouvre.
Sort les pinceaux humides, les assiettes en plastique.
Elle n’arrête pas de se plier en deux, mais vraiment en deux, mains qui s’agitent à ras terre, cul en l’air, elle n’a pas de reins, pas de lombaires, elle s’en fout, elle a bon dos, pour ça, oui, et faut pas l’emmerder avec des plaisanteries vaseuses.
D’ailleurs, elle enfile son tablier.
Elle est droite comme un I.
Elle regarde ce qu’elle s’est choisi, un paysage à elle, et qu’elle va se bâfrer en quelques heures.
C’est pas que c’est beau, c’est à elle.
Comme un môme, quand c’est à soi, c’est pas pareil.
C’est les siens aujourd’hui.
Les barres d’immeuble à étouffer, et les arbres, et les bateaux que le décorateur n’aurait jamais mis là s’il avait voulu faire bien vrai, et la flotte, c’est à elle.Devant tout ça, elle fait de drôles de petits mouvements avec les mains, elle mesure, elle attrape, elle met en ordre, elle fait son tai-chi de dingue qui a loupé l’examen aux allocations familiales, ils ont qu’à bien se tenir tous ceux-là, même les chiens qui jappent et les bateaux qui se barrent, et les odeurs de friture…
Elle se plie en deux, les jambes bien droites, une manie à elle.
Elle trempouille un des 35 pinceaux dans un pot, dans un Tupperware, aujourd’hui, elle fait une longue, enfin, une large. Elle patouille sa trempette dans une assiette en plastique avec une grosse brosse qu’elle brandit au dessus de la toile blanche sanglée à son pilier d’autoroute.

Elle va peindre.
Chantal Pelletier
Télécharger le texte en pdf pour l’imprimer
Site Internet de Chantal : http://chantalpelletier.free.fr
Le blog de Chantal : http://chantalpelletier.hautetfort.com/
29 novembre – On nous mène en bateau…
Chantal est arrivée hier… on n’va pas travailler aujourd’hui tout’ d même…
Après quelques hésitations… nous filons à Hong Kong, sans rien décider de la suite… voir venir… tranquille… cool…
En route pour l’embarcadère de Mui Wo – 20 minutes de bus… bateau de Mui Wo à Central – 50 minutes… il y a du monde sur l’eau… même le dimanche…

Nous nous rendons émus en pelerinage au Pier 9 où Michelle a déjà peint trois peintures et là, pile poil, une navette maritime privée arrive comme une fleur du « Rainbow », un restaurant sur l’île de Lama… bien connue pour ses fruits de mer et sa centrale thermique. Aux dires d’un expat’ British de son état, croisé au débarcadère, c’est un bon plan… et bien que la méfiance soit de rigueur concernant les qualités de critique gastronomique d’un sujet de Sa Majesté… zou, nous embarquons pour Lama..et 45 minutes de bateau supplémentaires… une vraie régate…

…en chemin nous longeons avec délectation de jolies petites criques pittoresques avec des roches percées si caractéristiques des côtes de Hong Kong…

…nous croisons quelques menues embarcations…

…heureusement pourvues d’ingénieux dispositifs de sécurité…

…et on se dit que parfois, ce n’est pas du luxe…

…nous arrivons enfin à destination… Lama.

Le lama est une sorte de camélidé domestique d’Amérique Latine… et quand lama faché…

…heu…pardon, là… je m’égare avec les lamas… revenons plutôt à nos moutons, ou plutôt à nos fruits de mer… qui étaient fort bon au « Rainbow »…

…sur le retour, enivrés par l’air marin et la bouteille de blanc que nous nous sommes sifflée à table, on est un peu à la remorque…

…de quoi perdre la boule…

Michelle, Chantal et moi reprenons bateaux et bus en sens inverse… nous ratons le ferry Hong Kong/Lantau de une minute (40 mn d’attente pour le suivant), puis ratons le bus Mui Wo/Shui Hau de 30 secondes pour cause de petites courses à faire (et re 40 minutes dans la vue)… rentrés à 21H30… on ne fait pas long feu… demain… peinture dans la rue… et là, ça ne rigole pas…
28 novembre – Repos bien mérité…

Aujourd’hui, nous nous mettons au vert…

…et tentons de rallier la plage du village à pied par des venelles au milieu de « jardins ouvriers » chinois… un solitaire encorné nous en empêche en faisant mine de nous charger (pour de vrai !)… nous faisons demi-tour illico-presto pour contourner le monstre…

…il faut dire qu’à Lantau Island, il y a des vaches sauvages… pas seulement en liberté mais sauvages… elle n’appartiennent à personne et sont très respectées bien qu’il ne s’agisse pas de vaches sacrées… vous pouvez vous trouver nez-à-nez avec un troupeau, comme ça, de jour comme de nuit… bonjour les émotions… d’autant qu’arrivés sur la plage, d’autres surprises nous attendent…

…Batman…

…et sa Batmobile…

…un (ou plutôt quatre) garçon(s) dans le vent…

…nous tombons de haut lorsque nous apprenons qu’il ne s’agit pas de super-héros, mais seulement de jeunes chinois innocents pratiquant le kytesurf…

…retour à travers champs… Chantal arrive ce soir…
Bon weekend !

















































