Articles avec le tag ‘Voyage’
7 décembre – moving to Macau…
C’est bête, pour traverser l’embouchure de la Rivière des Perles qui sépare Hong Kong de Macau, nous devons aller d’abord à Hong Kong Central par bus et le ferry, prendre un taxi pour changer d’embarcadère, et prendre un nouveau bateau – turbo il est vrai – en sens inverse…
Partis à 9H30 de Shui Hau sous une pluie battante, nous arrivons à 13H à Macau sous une pluie… pénétrante… moins de 40 km en 3H30, on a vu mieux…

…première vision de Macau – le Ponte de Amizades entre Macau et l’ïle de Taïpa – tout est gris, plat… on y voit rien…

…et c’est le débarquement…

…après quelques menues formalités… (« ausweis bitte » version macanaise)…
… nous filons à la portugaise (anglaise locale) vers la file des taxis en compagnie de futures célébrités du cru…
…particulièrement sensibles à la température polaire de 18° qui règne en cette saison…
Petit réconfort, la Pousada de Mong Ha, autrement dit l’école hôtelière de Macau où nous sommes descendus est nickel/chrome. Des chambres doubles qui ressemblent à des suites…

…des lits aussi larges que longs, avec oreillers dont on peut choisir auprès de la réception entre trois degrés de « moelleux », ordinateur dans les chambres avec Internet (et qui fonctionne du premier coup !), TV full HD avec chaînes cablées locales – pour les courses de lévriers – et internationales (sauf France 24 bien sûr), douche avec massage thalasso, service avenant et impeccable… bref le rêve…

Nous filons déjeuner au Clube Militar de Macau, l’ancien mess des officiers portugais rénové impeccablement en 1995, juste 4 ans avant la rétrocession de Macau à la Chine en 1999 ,qui demeure un Club très sélect dont seul le restaurant est ouvert au public, mais ça tombe bien car c’est cela qui nous intéresse…

…bel endroit – à l’ancienne avec ventilateurs au plafond – excellent buffet avec morue conseillée, sinon obligatoire (une recette différente chaque jour comme il se doit)…

…magnifiques peintures au mur – désolés, nous n’avons pas le nom du peintre…

…bref, zéro fautes…

…et en sortant… bingo !
…nous nous retrouvons face au monstre…
…c’est le « Gran Lisboa »…
…mais ceci est une autre histoire…
(comme nom, ça fait peur non ? on entendrait comme le « grand lisse boa »)
6 décembre : l’énigme du dimanche à Hong Kong…
Central – Hong Kong Island… le quartier est bouclé… interdit aux voitures… partout des gens assis… des femmes surtout… qui parlent… qui jouent aux cartes… qui mangent…
Une répétition générale pour les JO de l’Asie de l’Est ?
Une manif en préparation ?
Un sit-in ?
Quelles revendications ?
Enigme…
6 décembre : L’énigme du dimanche… Chantal livre quelques indices…

Je suis Philippine. Ce n’est pas un prénom mais une nationalité.
J’ai de la chance. Je gagne 4000 dollars Hong Kong par mois (350 euros) alors que le salaire minimum est de 3750 (328 euros). Je suis nourrie, enfin, on me donne en plus 400 dollars HK par mois (35 euros) pour que je puisse m’acheter des choses de chez moi et manger chez mes patrons.
J’ai de la chance. Sous leur maison, ma chambre est propre. Petite et pas très claire. Mais j’ai récupéré deux lampes sur lesquelles j’ai posé des tissus roses. J’ai un lavabo avec une douchette et des toilettes. J’ai une jolie natte à côté du matelas, et ma collection d’images.
J’ai de la chance. Mes patrons ne me battent pas. Monsieur n’essaie pas de me coincer pour fourrer ses pattes partout dans mes dessous, j’en connais pourtant beaucoup qui sont moins chanceuses que moi. Madame pleure souvent, personne ne sait pourquoi, même pas elle. Ses deux enfants la fatiguent. Ils font effectivement beaucoup de bruit, parce que l’appartement n’a pas de dehors, et que c’est difficile pour eux, l’école, pas de famille pour faire des fêtes et la ville tellement serrée qu’il y a jamais nulle part où s’arrêter.
J’ai de la chance. J’envoie 3500 dollars HK par mois à mon père et ma mère qui s’occupent de ma fille. Elle a quatre ans et demi. Tous les ans, on me paye un billet pour que je retourne chez moi. Comme ça, je vois mon bout de chou grandir et je la gâte avec mes économies.
J’ai de la chance. J’en connais beaucoup, des Philippines, qui sont au Moyen-Orient, dans des pays sans salaire minimum pour nous, sans assurance, sans transport. Certaines disent que Hong-Kong, c’est trop dur, c’est vrai, c’est plus dur qu’ailleurs, mais c’est mieux pour nous.
J’ai de la chance. J’ai congé tous les dimanches, c’est obligatoire, et, après l’office à la Methodist church de Johnston road, je retrouve mes copines à Central. Comme on sait pas où aller, on s’installe par terre, où on veut. Là, on pique nique, on papote et on joue aux cartes. Tous les deux mois, on envoie des gros ballots de tissus, de vêtements, de lampes, de radios, de téléphones… à nos familles. Des choses récupérées dont les patrons veulent se débarrasser et ça fait des sacrés pactoles. On fait ça tous ensemble avec des transporteurs qui ont l’habitude de nous et nous d’eux.
J’ai de la chance. Tous les dimanches, on s’amuse bien avec mes copines, assises sur nos cartons dépliés et nos tissus de couleurs étalés par terre. On a notre coin sous le grand building d’HSBC (c’est drôle, il parait que c’est une des banques les plus riches du monde, on se demande à quoi ça sert, je suis sûre que le dimanche, ils rigolent moins que nous !!). Tess est très bonne cuisinière, c’est elle qui fait les meilleures gamelles, et c’est moi qui réussis le mieux les gâteaux.
On a de la chance. Les rues sont barrées pour qu’on soit tranquilles, ils sont gentils avec nous, il faut dire qu’on est très nombreuses (je dis nombreuses, car il y a très peu d’hommes, un sur cent peut-être, c’est des chauffeurs en général), on est donc très nombreuses, plus de 100.000 à se retrouver comme ça le dimanche, certains disent 200.000, et même 300.000, il faut dire qu’il y a aussi les Indonésiennes et les Sri-lankaises, nous on dit les musulmanes, qui se retrouvent du côté de Victoria Parc.
On a de la chance. Il parait que ce genre de chose n’existe nulle part ailleurs. C’est normal, ici, la ville est tellement compressée qu’il faut bien empiler les choses et les gens. Tess prétend que s’ils nous laissent tranquilles le dimanche, notre jour de fête, le seul jour, c’est parce que ça leur fait peur, ces rassemblements. C’est sûrement vrai, parce que souvent on voit des gens qui se détournent qui s’en vont vite fait, ils croient que c’est la révolution. Ils sont bêtes. C’est juste notre dimanche. Le jour du seigneur. Le jour où on a de la chance.
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Star d’un jour, star toujours… (L. Ferry)
Autre institution de Hong Kong… la compagnie Kowloon Ferry Company créée en 1888 devient Star Ferry dix ans plus tard… les 12 bateaux de la flotte transportent chaque année 26 millions de personnes d’une rive à l’autre de Victoria Harbour qui sépare l’île de Hong Kong de Kowloon en huit minutes pour les trajets les plus courts, c’est à dire de Central à Tim Sha Tsui.
Ce qui est rigolo avec les Star Ferries, c’est qu’ils n’ont pas d’avant ni d’arrière, pas de poupe ni de proue… bref, il sont rigoureusement symétriques dans la longueur comme dans la largeur… pas besoin de manœuvrer pour faire demi-tour… il suffit que le Pitaine passe de la cabine de pilotage avant à la cabine de pilotage arrière suivant le sens de la traversée (ou inversement selon son point de vue du moment) et le tour est joué… même les dossiers des rangées de sièges peuvent se basculer dans un sens ou dans l’autre, d’avant en arrière ou réciproquement… bref, ça n’a aucun sens… je parle du Star Ferry là…
Le prix de la traversée est si bas – 2 HK$ soit 0,18 euros environ – que l’on peut passer sa journée à aller de Kowloon à Hong Kong, de Hong Kong à Kowloon, et ainsi de suite, à raison de 4 ou 5 voyages par heure, soit une bonne centaine de croisières dans la journée pour la somme – dérisoire s’il en est – de moins de 20 euros, ce qui – vous en conviendrez – est très avantageux.
Mais évidemment… il faut avoir le temps devant soi… et le temps… est nettement plus cher que la traversée de Victoria Harbour à Hong Kong…
Un tramway nommé délire
Une attraction touristique… certes, un peu comme le « Cable Car » de San Francisco…, mais aussi un vrai moyen de transport emprunté chaque jour par 240 000 Hongkongais… cette vieille dame existe depuis 1904… ses rails longent toute la côte nord de l’île de Hong Kong, de Kennedy Town à l’Ouest à North Point à l’Est et même au delà… autrefois en bord de mer, il fut peu à peu englouti par la ville à force de nouveaux polders… on y monte tant bien que mal par l’arrière, pour passer le tourniquet de 40 centimètres de large … il faudra ressortir par l’avant et payer son « fare », la somme exacte et faramineuse de 2 HK$ (carte Octopus acceptée) soit environ 18 centimes d’euro… mais ce sera plus tard… beaucoup plus tard… on se dit que cela ne va pas être de la tarte… vu le monde qui s’entasse la-dedans… on s’engouffre dans l’escalier en spirale – oubliez les commissions, chassis, valises et autres rouleaux de toile – qui s’enroule sur 40 cm de large , lui aussi… on s’installe à l’étage… et oui, car c’est un des rares tramways à impériale en service dans le monde… et perchés la-haut, si vous avez en plus la chance que les sièges de tête soient libres ou se libèrent en route… vous êtes les rois du pétrole… pas de meilleur poste d’observation pour vous en mettre plein la rue…
Sur ses flancs, les publicitaires s’en donnent à cœur joie dans la démesure… mais ne crachons pas dans la soupe Campbell, c’est sûr… Andy Warhol aurait bien aimé…
Il est même possible de louer son tramway perso pour l’anniversaire du p’tit, ou la communion de sa soeur… décidément, tout s’achète à Hong Kong… même les vieilles dames…
30 novembre : Peinture à Aberdeen
…et voila l’travail…
30 novembre : ça commence bien, Chantal a eu de ces mots avec Michelle…
Michelle Auboiron 30 novembre 2009 à Hong Kong. 23 °. Smog.
Debout, 7H 30.
Pâteuse.
Elle dégrafe et roule la peinture de la veille qu’elle a tendue le soir sur le châssis pour les dernières retouches.
Sépare les éléments du châssis avec un maillet.
Les empile.
Les scotche ensemble.
Récupère un second châssis déjà ficelé.
Le sangle à l’autre en confectionnant avec la lanière, au centre, une poignée pour le porter.
Déroule le rouleau de toile vierge de 186 cm de large, y découpe un morceau de 2,40m qu’elle recoupe en deux, roule sur un cylindre de carton un morceau de 90 cm…
Range les pots dans une valise à roulettes transformée par un système d’étagères de carton en armoire nomade.
Dispose très précisément Tupperware, fioles, pots pour qu’aucune place ne soit perdue. Dans le dernier coin libre, une trousse en tissu (type sac à chaussures) où sont rangés les outils.
Dans le filet au dos du rabat, son tablier.
Elle prend sa douche.
S’habille.
Boit un café.
Mange un yaourt.
Remplit un bidon transparent de cinq litres d’eau.
Le fourre dans un grand sac en plastique écossais , type Tati, qui se remplit aussi d’un seau, d’une bâche en plastique bleue, d’un coton imprimé, de trois assiettes en plastique, d’un sac poubelle noir contenant les pinceaux rincés qui attendent, encore humides, dans leur torchon.
Un petit coup de maquillage pour se remonter le moral.
Les anses du sac en plastique sont passées dans la poignée de la valise à roulettes … transformée de ce fait en valise à galerie.
Sous le bras gauche, les châssis, la règle, la toile…
Côté main droite, ça roule, ma poule.
Le tout est chargé dans la voiture.
En route.
Une demi-heure de route pour sortir de l’île de Lantau.
Une demi-heure pour traverser une partie de l’île de Hong Kong.
Charlie le chauffeur connait Hong-Kong comme sa poche. Probablement un Hong-kongais réincarné en Normand et déguisé en Parigot. Nous n’en dirons pas davantage.
La cible du jour se situe sur la partie Ouest de l’Ile de Hong Kong.
Ce sera Aberdeen.
Repérage a déjà été fait quelques jours auparavant, ce qui vous épargnera ici de pénibles mais très habituelles circonvolutions.
Même la place de parking (gratuite !!) a été repérée, le rêve se précise du côté de Charlie, dont je ne dirai guère plus, laissons la parole à ses photos .
L’emplacement exact où auront lieu les festivités reste encore à déterminer.
Deux autoroutes se croisent là, en superposition spiralée qu’enjambent des passerelles.
Elle sort de la voiture, marche vite, ne parle pas.
Elle est dans l’état de la règle en plastique frottée sur du nylon et qui vous aimante des morceaux de papier en veux-tu en voilà, le genre de connerie qu’on faisait à l’école quand on n’avait pas encore de textos à mater sous le bureau, un temps d’avant la vraie vie, quoi , qui fut la sienne, ne nous y trompons pas, elle n’est pas née de la dernière pluie.
Surtout à ce moment précis où elle est électrique, Michelle. Acrylique, à faire mal aux dents en dérapant sur le tableau, du temps où il y avait encore des craies blanches et des tableaux verts.
Elle pulse. A pas pouvoir toucher une portière de voiture sans prendre une décharge.
Elle doit détraquer tous les portables à la ronde. Même les oiseaux se la ferment, ils ont peur de se faire engueuler. On s’en fout, on les entendrait de toute façon pas car il y a un potin d’enfer.
Forcément, juste au-dessus de nos têtes, presque à ras des naseaux, l’autoroute, les camions, les taxis, les autobus surtout, toutes les 28 secondes, qui gueulent en attrapant la courbe, et pas gentiment, ils l’attrapent, car ils sont fous les autobus dans cette ville, et les taxis aussi, tous les chauffeurs sont à deux doigts de la camisole dans cette putain de ville maboule, tous, à part Charlie, mourraient plutôt que de céder un centimètre de leur chaussée ou un centième de seconde de leur temps qui vaut la peau des couilles d’un type tout en lingot.
Mais ça, elle le voit pas, elle. Elle entend pas, elle sent pas.
Elle file sur une des passerelles qui n’en finit pas d’enjamber, redescend sur un quai puant, et là, elle arpente, elle mate, elle se fait le trottoir comme une vraie gagneuse cherchant sa proie.
Elle a son point de vue, qu’on finit par regarder puisque jusqu’alors, on n’avait rien vu.
Or, il y a bien quelque chose.

A bonne distance, une grande barrière anti-ciel faite de barres d’habitation que ne parvient pas à faire rigoler leur peinturlure rose bonbon avec frisettes turquoise.
Devant ce mur de la honte, la mer se marre, juste là, à nos pieds, mollement sarcastique en à pic de l’autoroute et de ses chauffeurs dont l’équilibre mental ne vaut pas la peau d’une mauvaise banane.
Sympa, cette flotte.
Un bras de mer, un canal, un abri anti-typhon, anti-barbarie aussi, avec des bateaux qui ont l’air de bateaux dans des bouquins pour enfants d’avant la wifi et wall.e… Verts, bleus, ronds, avec des pneus qui leur servent de pare-chocs, des embarcations tartignoles et bâchées d’où sortent des têtes de chiens, des jappements et des odeurs de fritures à faire grimper les transaminases jusqu’au bord de l’hépatite.
Et, entre ce port de rigolade et ces misères verticales, une frange d’arbres, si, si, des grands arbres, d’un vert profondément écologique. Les tropiques, quoi !
Elle va, elle vient, elle peste, ça ne va pas, Charles ne comprend pas pourquoi elle vient là, tout est brumeux, pisseux, la lumière va tourner, elle s’en fout de ce qu’on pense, elle pense pas, elle, elle a autre chose à foutre, d’abord, y a du vent, et si elle est pas abritée, la toile va se barrer, et puis si elle a le soleil dans les yeux, autant aller se faire masser les pieds par un Chinois, le temps serait moins perdu.
Là, sous l’autoroute, elle est à l’ombre, pourquoi pas en taule, elle s’en fout de ça, ce qu’elle a devant les yeux lui chatouille les pinceaux, c’est tout ! Elle va pas donner des explications et puis quoi encore.
Sous l’autoroute, ça pue, et pas que la friture, du pipi et pas que de chat, et, à propos, justement, des crachats sont rentrés dans le béton gravillonnant jamais lavé par la pluie, seulement par les gaz d’échappement, parce qu’à propos d’odeur, il faut le répéter… il y a comme une menace d’asphyxie !
Mais elle s’en fout, il est déjà onze heures et demie et puis il faut qu’elle aille faire pipi, parce qu’après, fini et qu’ici y a jamais de chiottes ou presque dans les bistrots, c’est comme ça, on a beau dire, des fois, on est prêt à dire vive l’Amérique, la mondialisation, et tout ce qu’il y a de plus con… A quoi ça tient !
Donc, elle repart, direction Mac do pour le pipi, revient au pas de course avec un milk shake à la fraise, et c’est parti !
Déchargement de la voiture, passons sur les détails, et il faut remonter sur la passerelle avec le chargement susnommé, mais miracle, parce qu’il y a toujours un miracle malgré tout, cette passerelle n’a pas que des escaliers pour les piétons mais aussi des rampes pour les infirmes ou les timbrées, comme elle, qui roule un gros sac écossais de 2O Kilos sur une valise à roulettes qui ne paie pas de mine mais qui doit bien peser le double (du sac écossais), et transporte sous le bras, châssis, règle et toile qui se barrent de temps à autre, le tube de la toile et une des planchettes du ficelage trop vite ficelé…
Ben oui, pâteuse, elle était, ce matin, je vous avais prévenus !
Donc, près de l’énorme pilier rond en béton de l’autoroute.
Ce sera là.

Ce sera une longue, aujourd’hui. 75 X 2,25m. Ceux qui ne suivent pas les comptes iront lui en demander, des comptes, elle donne aussi des cours de géométrie gratuits en crayonnant des croquis sur des bouts de papier, elle est comme ça, Michelle Auboiron.
Donc deux châssis à monter. Puisque c’est une longue. Entendez par là une large. Plus exactement pas haute. En somme étroite sur la hauteur. On pourrait dire une horizontale.
Cinq montants à déscotcher, à placer, à emboîter, à ajuster (avec le maillet).
Cinq autres montants à déscotcher, à placer, à emboîter, à ajuster (avec le maillet).

Assembler les deux châssis ensemble avec du scotch.

Maintenant dérouler la toile.
La tendre avec la pince (très jolie, la pince, de la boite à outils en sac à chaussures) mais elle n’a pas l’air commode à manier, il faut tirer dessus comme une malade, mais de toute façon, elle l’est, malade, ça, on a bien compris.
D’autant moins commode, l’entreprise, qu’il faut agrafer (avec l’agrafeuse de la trousse à outils) au fur et à mesure, sans faire de pli, et de temps à autre, dégrafer pour retendre…
Des fois on se dit, fonctionnaire aux allocations familiales, c’est au fond peut-être plus simple, et…
mais elle s’en fout de ça.
Elle va vite. Elle tend, ça ne fait pas un pli.
Ça y’est.
La toile est plus petite que les deux châssis rassemblés, et donc elle est pratiquement à la bonne hauteur pour y frotter les pinceaux…
Le miracle, ça se prévoit aussi, des fois !
Ensuite, il faut sangler la toile au gros poteau de l’autoroute pour pas qu’elle s’envole comme une voile au vent, eh bien voilà, c’est fait.
Des types s’arrêtent, la regardent faire, lèvent le pouce, langage international, sourient, langage universel, ils sont contents, eux, pas elle, elle s’en fout de ça.
Elle sort la bâche en plastique la met en place devant la toile.
Sur le plastique, le tissu en coton imprimé.
Elle sort le seau, l’emplit de la moitié de l’eau du bidon.
Sort les pots de l’armoire-valise, les Tupperware, les dispose, les ouvre.
Sort les pinceaux humides, les assiettes en plastique.
Elle n’arrête pas de se plier en deux, mais vraiment en deux, mains qui s’agitent à ras terre, cul en l’air, elle n’a pas de reins, pas de lombaires, elle s’en fout, elle a bon dos, pour ça, oui, et faut pas l’emmerder avec des plaisanteries vaseuses.
D’ailleurs, elle enfile son tablier.
Elle est droite comme un I.
Elle regarde ce qu’elle s’est choisi, un paysage à elle, et qu’elle va se bâfrer en quelques heures.
C’est pas que c’est beau, c’est à elle.
Comme un môme, quand c’est à soi, c’est pas pareil.
C’est les siens aujourd’hui.
Les barres d’immeuble à étouffer, et les arbres, et les bateaux que le décorateur n’aurait jamais mis là s’il avait voulu faire bien vrai, et la flotte, c’est à elle.Devant tout ça, elle fait de drôles de petits mouvements avec les mains, elle mesure, elle attrape, elle met en ordre, elle fait son tai-chi de dingue qui a loupé l’examen aux allocations familiales, ils ont qu’à bien se tenir tous ceux-là, même les chiens qui jappent et les bateaux qui se barrent, et les odeurs de friture…
Elle se plie en deux, les jambes bien droites, une manie à elle.
Elle trempouille un des 35 pinceaux dans un pot, dans un Tupperware, aujourd’hui, elle fait une longue, enfin, une large. Elle patouille sa trempette dans une assiette en plastique avec une grosse brosse qu’elle brandit au dessus de la toile blanche sanglée à son pilier d’autoroute.

Elle va peindre.
Chantal Pelletier
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29 novembre – On nous mène en bateau…
Chantal est arrivée hier… on n’va pas travailler aujourd’hui tout’ d même…
Après quelques hésitations… nous filons à Hong Kong, sans rien décider de la suite… voir venir… tranquille… cool…
En route pour l’embarcadère de Mui Wo – 20 minutes de bus… bateau de Mui Wo à Central – 50 minutes… il y a du monde sur l’eau… même le dimanche…

Nous nous rendons émus en pelerinage au Pier 9 où Michelle a déjà peint trois peintures et là, pile poil, une navette maritime privée arrive comme une fleur du « Rainbow », un restaurant sur l’île de Lama… bien connue pour ses fruits de mer et sa centrale thermique. Aux dires d’un expat’ British de son état, croisé au débarcadère, c’est un bon plan… et bien que la méfiance soit de rigueur concernant les qualités de critique gastronomique d’un sujet de Sa Majesté… zou, nous embarquons pour Lama..et 45 minutes de bateau supplémentaires… une vraie régate…

…en chemin nous longeons avec délectation de jolies petites criques pittoresques avec des roches percées si caractéristiques des côtes de Hong Kong…

…nous croisons quelques menues embarcations…

…heureusement pourvues d’ingénieux dispositifs de sécurité…

…et on se dit que parfois, ce n’est pas du luxe…

…nous arrivons enfin à destination… Lama.

Le lama est une sorte de camélidé domestique d’Amérique Latine… et quand lama faché…

…heu…pardon, là… je m’égare avec les lamas… revenons plutôt à nos moutons, ou plutôt à nos fruits de mer… qui étaient fort bon au « Rainbow »…

…sur le retour, enivrés par l’air marin et la bouteille de blanc que nous nous sommes sifflée à table, on est un peu à la remorque…

…de quoi perdre la boule…

Michelle, Chantal et moi reprenons bateaux et bus en sens inverse… nous ratons le ferry Hong Kong/Lantau de une minute (40 mn d’attente pour le suivant), puis ratons le bus Mui Wo/Shui Hau de 30 secondes pour cause de petites courses à faire (et re 40 minutes dans la vue)… rentrés à 21H30… on ne fait pas long feu… demain… peinture dans la rue… et là, ça ne rigole pas…
28 novembre – Repos bien mérité…

Aujourd’hui, nous nous mettons au vert…

…et tentons de rallier la plage du village à pied par des venelles au milieu de « jardins ouvriers » chinois… un solitaire encorné nous en empêche en faisant mine de nous charger (pour de vrai !)… nous faisons demi-tour illico-presto pour contourner le monstre…

…il faut dire qu’à Lantau Island, il y a des vaches sauvages… pas seulement en liberté mais sauvages… elle n’appartiennent à personne et sont très respectées bien qu’il ne s’agisse pas de vaches sacrées… vous pouvez vous trouver nez-à-nez avec un troupeau, comme ça, de jour comme de nuit… bonjour les émotions… d’autant qu’arrivés sur la plage, d’autres surprises nous attendent…

…Batman…

…et sa Batmobile…

…un (ou plutôt quatre) garçon(s) dans le vent…

…nous tombons de haut lorsque nous apprenons qu’il ne s’agit pas de super-héros, mais seulement de jeunes chinois innocents pratiquant le kytesurf…

…retour à travers champs… Chantal arrive ce soir…
Bon weekend !
24 novembre – la vie en rose (ou presque)
Sur la route de Hong Kong, nous décidons de faire un détour pour essayer de trouver l’ancien village de pêcheurs de Tung Shung, sur notre île de Lantau… nous n’en trouvons qu’un vague souvenir…

…ex village de pêcheurs…

…avec des tours…

…comme dirait un certain Francis C. : « c’était mieux avant »…

…sans des tours…
Nous filons vers Mongkok, où Michelle aimerait bien peindre ce matin…
Nous nous perdons à travers un dédale de passerelles, de rues à contre-jour, de centres commerciaux… à la recherche d’un spot « spécial peinture » convainquant… mais ne sommes pas convaincus…
Passé 14H, il faut se rendre à l’évidence (et au plus vite dans un restaurant de sushis), car il est trop tard pour s’installer… nous continuerons le repérage cet après-midi du côté de la tour ICC (International Commerce Center – original comme nom)… et du nouveau quartier éponyme gagné sur la mer…

Bien entendu, pour approcher de la tour ICC, la plus haute de Hong Kong, il faut laisser la voiture au parking… du gigantesque centre commercial « Elements » que l’on est obligés de traverser…
Plus luxe, tu meurs: toilettes en marbre de Carrare avec intervention masquée après chaque « client » (H1N1 oblige)… époussetage manuel et en continu des sols, des ballustrades… on étouffe de propreté… à quelques rares exceptions près, l’architecture et la déco sont à pleurer…

…heureusement, une nouvelle vague semble émerger dans la restauration…
Ils sont tous là : Cartier, Vuitton, Gucci, Chaumet et consors… nous finissons par trouver une sortie à l’ère libre… du moins le croyions nous…

…sortie des artistes… la Ferrari nous attend…

…et là, que découvrons-nous…hein…allez…devinez…

…nous nous faisons la malle (ou la valise si vous préférez)… non sans avoir été préalablement refoulés x fois à l’approche des tours concentrationnaires avoisinantes (private area, members only, le train-train quoi)…
Nous espérons enfin voir la vie en rose…

…et…zut…encore des sacs…

…enfin, une bonbonnière…

…et après un vert…

…deux rosés…

…et la traversée d’un antépénultième centre commercial (beaucoup moins luxueux que le précédent) puis d’un avant-dernier puis d’un ultime…

…nous débouchons enfin sur le toit d’Ocean Terminal avec sa vue splendide sur l’ïle de Hong Kong en face et le quai des Star Ferries à nos pieds…
(faites-moi penser à vous dire deux mots sur les Star Ferries… et sur les trams par la même occasion)

…sur le quai opposé, en contrebas, une Kate Winslet Chinoise se prépare à appareiller…

…trop tentant… nous abandonnons la Ferrari qui bizarrement a changé de couleur entretemps…

…et à nous la croisière de rêve…
…au fait, saviez-vous que – d’après nos informateurs – Hong Kong est la ville qui compte le plus grand nombre de Porsche par habitant au monde ?
Pour notre part, et sans parler des énormes BMW, Audi V8 et des Mercedes V12 dont nous ignorions jusqu’à l’existence, nous n’avions jamais vu autant de Porsche, Maseratti, Bentley, Rolls, Ferrari qu’ici… même devant le Casino de Monaco…





































